Révision de la Constitution : le cas sénégalais suscite la prudence au Bénin

Publié le par gilmax

Les récents développements de l’actualité politique au Sénégal suscitent la circonspection au Bénin autour du projet de révision de la loi fondamentale du pays. Annoncée comme l’une des réformes majeures de la «Refondation », la révision de la constitution du 11 décembre 1990 apparaît comme une nécessité aux yeux de la quasi-totalité de la classe politique, l’opposition y compris, et de l’opinion publique. Vieille de plus de vingt ans et n’ayant jamais connu de modification, ni d’amendement, elle devra être adaptée aux réalités socio-politiques et mêmes économiques actuelles du pays en vue du renforcement de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance. 

 Après un premier mandat passé sans majorité confortable au parlement, Boni Yayi veut profiter de la large majorité, dont il dispose à l’Assemblée nationale pour ce second mandat, et ce depuis le ralliement de la Renaissance du Bénin (Rb) et d’autres démissions en cascade de l’Union fait la Nation (Un) vers la  majorité présidentielle, pour faire adopter le texte par les députés avant de le soumettre à un référendum populaire.
Mais au sein de la classe politique béninoise, aussi bien dans la famille politique du chef de l’Etat que dans l’opposition politique regroupée au sein de la désormais squelettique alliance Union fait la nation (Un), on craint que le cas sénégalais fasse école. Un cas sénégalais où Wade après avoir modifié à plusieurs reprises la loi fondamentale du pays, profite du flou constitutionnel pour briguer à quatre vingt cinq ans un troisième mandat présidentiel consécutif.
 
Lors de la retraite parlementaire des députés tenue à Parakou ce mois de février, une communication a été donnée sur le sujet par le député de l’Un Eric Houndété. Et certains caciques des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) auraient même suggéré que pour se protéger d’une éventuelle contamination du syndrome Wade, il serait recommandable de mettre dans la futur constitution béninoise une disposition qui dit que cette loi fondamentale est applicable à l’actuel locataire de la Marina. Ceci étant, il ne pourrait prétexter de la révision constitutionnelle pour sauter le verrou, se maintenir et rempiler en 2016.  Nicaise Fagnon, un autre membre de la mouvance parlementaire et produit de Bon Yayi, comme il se réclame lui-même, a affirmé sur une chaîne de télévision privée de la place que le cas sénégalais devra être évité au Bénin. Joseph Djogbénou, professeur agrégé de droit privé et acteur de la société civile a, quant à lui, dénoncé un obscurantisme autour de la révision constitutionnelle. Ainsi, En dépit des nombreuses déclarations faites par le chef de l’Etat dans lesquelles il affirme être à son dernier mandat et la décision de la Cour constitutionnelle faisant état de ce que l’article sur le nombre du mandat présidentiel et la limitation d’âge ne peuvent faire objet de révision, des acteurs politiques font preuve de prudence. D’abord parce qu’on apprend que certains partisans du Chef de l’Etat seraient partant pour un éventuel lifting constitutionnel en vue de son maintien à la Marina. Ensuite, des sources font état de ce que la nouvelle mouture de la constitution proposée par la commission Ahanhanzo ne serait pas celle qui sera proposée pour adoption parlementaire et référendum populaire. Enfin, on a vu Mamadou Tandja, affirmer qu’il ne modifierait pas la constitution pour briguer un troisième mandat avant de faire un virement à 180% avec son « Tazartché » dont l’issue est connue de tous. Ainsi, entre la déclaration de Boni Yayi auxquelles il faut accorder la bonne foi, les informations véhiculées ça et là sur le projet de révision constitutionnelle, les cas nigérien et sénégalais qui peuvent faire école; la prudence semble être de plus en plus de mise sur  la révision de la constitution béninoise du 11 décembre 1990

Écrit par Léonce Gamaï

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