L'Algérie et la France discutent de l'après-Kadhafi

Publié le par gilmax

Une récente réunion entre des responsables algériens et le chef de la diplomatie française a fait apparaître des divergences sur la crise libyenne.

Par Fidet Mansour pour Magharebia à Alger – 20/06/11

[Reuters/Jumana El Heloueh] Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, s'est rendu en Algérie les 14 et 15 juin.

[Reuters/Jumana El Heloueh] Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, s'est rendu en Algérie les 14 et 15 juin.

Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a effectué la semaine dernière une visite de deux jours à Alger pour parler de l'immigration clandestine, de la lutte contre le terrorisme au Sahel, de la crise libyenne et d'autres sujets d'intérêt commun.

La situation en Libye a dominé les discussions, qui se sont achevées le mercredi 15 juin. Les frappes aériennes de l'OTAN ont été l'objet des principales divergences entre les deux pays concernant la crise en Libye. L'Algérie souhaite un arrêt immédiat des opérations, pour permettre à la diplomatie de prendre le relais. Mais la France insiste sur le "départ de Kadhafi comme condition préalable à la cessation des opérations militaires".

"L'intervention militaire en Libye n'est pas une fin en soi", a déclaré Juppé lors d'une conférence de presse organisée le 16 juin avec son homologue algérien Mourad Medelci. Il a ajouté que Kadhafi avait "perdu sa légitimité" et que "toute solution politique devra intervenir après le départ de Kadhafi et le retour de son armée dans ses casernes".

"Il est vrai que les résolutions de l'ONU n'exigent pas le départ de Mouammar Kadhafi, mais nous le souhaitons", a-t-il poursuivi. "Lorsqu'un chef d'Etat utilise ses canons et ses armes contre la population, il doit partir."

Le ministre français a démenti les rumeurs selon lesquelles l'Algérie aurait envoyé des mercenaires combattre aux côtés de l'armée libyenne. "La France n’accorde aucun crédit à ces accusations", a-t-il déclaré, ajoutant que "l’Algérie respecte et applique scrupuleusement les résolutions de l’ONU au sujet de la Libye".

En début de mois, le général Carter F. Ham, commandant le l'US Africa Command (AFRICOM), avait déclaré n'avoir "rien vu d´officiel ni de rapports qui fassent état de l'envoi par l´Algérie de mercenaires en Libye".

"Au contraire, l'Algérie apporte un fort soutien à la sécurité dans la région, et participe très activement à la lutte contre le terrorisme et contre les flux clandestins de combattants", avait-il ajouté. "Mais comme pour les armes, certains combattants se déplacent en terrain découvert dans la région, à destination et en provenance de Libye."

Une affirmation reprise par le Foreign Office britannique. "Rien ne permet d’affirmer que le gouvernement algérien est en train de faciliter l’entrée de mercenaires en Libye", avait déclaré l'un de ses portes-paroles à l'agence APS le 3 juin.

Pour leur part, les analystes craignent les répercussions que ce conflit pourrait avoir sur la sécurité dans la région.

"La situation devient incontrôlable sur les frontières. On assiste à une circulation d'armes pour le compte d'al-Qaida", a déclaré Slimane Arab, expert en stratégie militaire.

"Selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, 9 000 Libyens se sont réfugiés dans le sud de l'Algérie", a-t-il ajouté. "Si le conflit perdure, nous ferons face à une grave crise humanitaire et sécuritaire."

Abdelwahab Benkhelif, professeur à l'Institut des sciences politiques et des relations internationales, a souligné quant à lui que "l’Algérie ne peut rester en marge de ce qui se passe sur ses frontières est en Libye".

"Cette crise aura sans aucun doute des retombées sur le plan de la sécurité interne", a-t-il ajouté.

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