Rupture de connexion internet: Malchance répétée ou incompétence notoire?

Publié le par gilmax

 

Bénin TélécomsL'opérateur historique des télécommunications au Bénin présente une posture désormais inqualifiable. En l'espace d'un mois, Bénin Télécoms vient d'enregistrer près de dix jours entiers de rupture de la fourniture de l'accès au réseau Internet. La récurrence du défaut de service et la position stratégique prise par les télécommunications dans l'économie et la politique de l'Etat amènent à se demander si cette entreprise d'Etat qui détient le monopole de l'accès à l'Internet souffre de malchance, d'incompétence ou simplement d'insouciance.

Lorsqu'il y a un mois tout le pays perdait l'accès au réseau Internet, les consommateurs se sont laissé dire par les responsables de Bénin Télécoms que l'origine de la rupture de service était un incendie. Lequel est survenu au point d'atterrissement du câble sous-marin à fibre optique Sat3 qui assure l'essentiel de la liaison entre le Bénin et les réseaux de télécommunications du monde. Faute de pouvoir réaliser un dépannage maison, l'infrastructure ne serait toujours pas remise en service. La parade offerte par l'opérateur historique béninois des télécommunications, aux dires de ses propres responsables, fut de louer les services du voisin nigérian via un câble terrestre à fibre optique. Le nouvel édifice érigé sur un autre sable mouvant céda à son tour ce 14 février. De source officielle, le câble sous-marin qui relie le Nigéria au reste du monde aurait connu à son tour une rupture. Bénin Télécoms avait déjà été victime d'une panne semblable il y a bientôt un an. En somme, en l'espace d'un an, le pays aura connu au moins trois avaries majeures ayant chaque fois pour conséquence la rupture de l'accès au réseau Internet. Succession de faits qui a tout l'air d'une poisse portée à Bénin Télécoms.

A supposer un instant que l'environnement général des infrastructures de télécommunications au Bénin n'est pas favorable à leur sécurité, il est par contre incompréhensible que toutes les fois que ces pannes sont arrivées, la solution est venue de l'extérieur et qu'il a fallu attendre le nombre de jours nécessaires aux réparations pour se reconnecter de nouveau. Ce qui pose la question des compétences dont dispose cette société nationale. De sources internes au ministère de la Communication, un projet de mise en place d'un second câble sous-marin à fibre optique serait en passe d'obtenir le financement de la Banque mondiale. Celui-là, se dit-il, constituerait à l'avenir une solution de rechange aux fréquentes pannes enregistrées sur le Sat3. Une façon de contourner le mal qui peut avoir pour nom incompétence au sein de cette société. Mais à la question de savoir pourquoi des opérateurs privés ne sont pas autorisés à fournir un accès indépendant à l'Internet, l'on répond que la facture finirait par incomber à l'opérateur historique qui ne sait pas quantifier la part de consommation des privés. D'où l'obligation faite à tous les fournisseurs d'accès de passer par Bénin Télécoms. Mesure qui ne donne aucune alternative chaque fois que Bénin Télécoms est coupé.

La posture de la société d'Etat prestataire des services de télécommunication laisse penser par ailleurs à de l'insouciance, avec la complicité du Gouvernement. Pour un pays qui se dit de transit et qui a identifié comme premier axe stratégique de développement le " service, transport, logistique ", il est impensable que l'on donne souvent à vivre aux opérateurs économiques que l'on s'évertue à attirer le supplice de ne pouvoir ni opérer avec célérité, ni garder le contact avec leurs partenaires d'affaire. En effet, chaque fois que l'accès à l'Internet devient impossible, ce sont les opérations bancaires qui souffrent de célérité ; c'est le télétravail qui devient impossible et c'est surtout ce qui s'appelle guichet unique au Port ou encore programme de vérification des importations avec son lot d'innovations fondées sur les technologies de l'information et de la communication qui perdent tout sens. C'est en somme le poumon de l'économie béninoise qui manque d'oxygène et qui retombe dans ses balbutiements d'il y a une décennie. Plus bas, dans le grand peuple, ce sont les factures d'électricité et d'eau qu'il devient pratiquement impossible de payer, causant du tort aussi bien aux citoyens qu'aux sociétés fournisseurs de ces services. Dans le monde académique, ce sont les salles multimédia qui prennent tout l'air de quincailleries, rendant apprenants et enseignants incapables de mener le moindre travail collaboratif de recherche tourné vers l'extérieur.

Si malgré les dommages causés aux mondes académique, des affaires et des services par les coupures récurrentes du réseau Internet au Bénin, l'opérateur historique ne montre le moindre empressement à rétablir le service, il faut au moins alors que le pays se targue de diriger l'Union africaine, par l'entremise de son président de la république, que l'on se préoccupe simplement de la bonne image du Bénin. En ce moment en effet, les regards, de partout en Afrique voire du monde sont tournés vers le Bénin, à l'écoute des solutions qu'il propose aux problèmes du moment sur le continent. Tout comme le Bénin a grand besoin d'avoir les yeux ouverts sur ce qui se passe ailleurs pour à défaut d'y apporter une réponse, ne pas en être étranger.

Des technologies alternatives ont beau être moins propices à côté de la fibre optique, à en croire certains spécialistes, pour des raisons de souveraineté, et par souci de crédibilité de la place des affaires qu'aspire à être le pays, il faut quoique cela coûte, disposer de solutions de secours d'une technologie moins vulnérable. Une approche contraire relèverait de la désinvolture d'Etat.

Olivier Assinou / Adjinakou

 

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