Remaniements techniques et séances de chaises musicales : La gouvernance de Yayi en question

Publié le par gilmax


En moins d’un an, le Président Boni Yayi a revu deux fois son équipe gouvernementale en revoyant les attributions de certains ministres et en permutant de postes à d’autres. Malgré ces séances de chaises musicales, la machine a du mal à décoller véritablement. Les résultats ne suivent pas dans les secteurs clés. Ce qui engendre une véritable panique à bord. Mais en vérité, le ver est dans le fruit. Et si Yayi revoyait sa gouvernance ?

Ainsi dit, ainsi fait. Le Chef de l’Etat qui a déjà lancé des avertissements le lundi 23 janvier 2012 a relevé le ministre Jean-Michel Abimbola de son poste. Sur un coup de tête, il lui a retiré sa confiance au ministère en charge de l’économie maritime pour le parachuter au poste de ministre de la culture. Apparemment, pour incompétence. L’acte suscite déjà des commentaires puisque cela fait la 2è fois que le Chef de l’Etat rétrograde son collaborateur parce que estimant qu’il n’est pas à la hauteur de la tâche qu’il lui a confiée. «…Hier, on m’a demandé de vous faire confiance. Mais je ne peux plus. Parce que vous ne contrôlez personne, sur la base de ce que vous m’aviez dit ce matin. Vous étiez débordé et dépassé. Vous faites ce que vous pouvez, mais seul vous ne pouvez rien. Hier, je l’avais dit. Si ce n’est pas réglé, et vous-même et le ministre de l’économie maritime, vous serez tous relevés de vos fonctions. Tous. Monsieur le ministre, vous ne m’aviez jamais décrit une telle situation, qu’il y a eu des encombrements d’une telle ampleur. Aucun de vous ne me l’a signifié. C’est la dernière fois que je viens voir cela…» Cette déclaration faite par le Chef de l’Etat en dit suffisamment long. On ne doit donc pas se méprendre. Le ministre Abimbola a changé de ministère parce qu’il n’a pas donné satisfaction à son Chef. Mais à y voir de près, pouvait-on vraiment attendre quelque chose de mieux du ministre Jean-Michel Abimbola ? Rien. Le limogeage du ministre de l’économie maritime pose en effet le problème du mode de fonctionnement du Chef de l’Etat qui n’a pas changé malgré la confiance que lui a renouvelée les populations à travers un K.O à polémique. Les ministres de Yayi sont au four et au moulin. Ils sont tout le temps aux côtés du Chef de l’Etat, même pour des dossiers qui ne relèvent forcément pas de leur département ministériel. Si le Chef de l’Etat doit recevoir un quidam, ils sont là. Si le Chef de l’Etat veut poser une pierre quelque part ou inaugurer une infrastructure, les voilà encore à ses côtés. Tout le temps, ils sont au Palais, soit pour de conseils extraordinaires des ministres ou pour servir de garniture quand le Président de la République veut recevoir un invité. «C’est carrément une vie de boy que vivent les ministres de Yayi», a commenté un investisseur étranger il y a quelques mois au détour d’une rencontre informelle que nous avons eue au Novotel de Cotonou. Cette remarque n’est malheureusement pas fausse puisque certains ministres le confessent eux-mêmes. Lorsque vous voyez certains d’entre eux, ils sont obligés de se déplacer avec des piles de dossiers dans leur voiture. Cette manière de travailler ne peut donner aucun résultat sérieux. La preuve est là. Malgré les efforts qu’il a consentis, le ministre Jean-Michel Abimbola n’a pas comblé les attentes de son patron. Il a tout donné. On l’a vu au four et au moulin, surtout au cours du dernier trimestre de l’année 2011. Toute sa débauche d’énergie n’a pas séduit le Chef de l’Etat malheureusement. Tout ce qui semble manquer à la gouvernance de Yayi, c’est indubitablement le suivi-évaluation. Les décisions se prennent, s’enchaînent, s’enchevêtrent. Mais on ne les évalue pas. On ne les suit pas pour voir quels sont leurs impacts. Et après, on trouve des boucs émissaires. Le relèvement du ministre Abimbola de son poste sonne en tout cas comme un aveu d’échec pour le Chef de l’Etat qui doit changer sa manière de gouverner. L’intrus qui connaît maintenant la maison ne peut plus continuer de tenir des discours du genre «on ne m’a pas informé, on ne m’a pas averti, on ne m’a rien dit».

Cyrille Babatoundé
Journal LA PRESSE DU JOUR 26/01/12

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