Bénin, la République des crises

Publié le par gilmax

Difficile début d’année pour le pouvoir Yayi: Raréfaction de l’essence, bras de fer entre Gbèdo et les magistrats, grincement de dents  et résistance face aux réformes au port de Cotonou, grève dans le secteur de l’enseignement secondaire… Et tout comme en 2011, l’année 2012 s’annonce déjà avec une panoplie de crises auxquelles le pouvoir dit de  la refondation doit faire face. 

 

Au Bénin, surtout sous le régime Yayi, les années passent et semblent se ressembler. A peine débutée, 2012 présente les mêmes signes que  2011. Le gouvernement se retrouve déjà avec plusieurs tensions qu’il doit gérer. Et ce, aussi bien sur le front social qu’économique. Le bal a été ouvert par la crise qui a confirmé la «Kpayo-dépendance» du Bénin, mais aussi la dépendance de l’économie béninoise vis-à-vis de celle du Nigéria. Face aux nombres réduits de stations services existant et la ruée des populations vers l’essence à la pompe due à la raréfaction de l’essence frelatée, le gouvernement avait, même si elle s’est réjouit de trouver l’opportunité pour venir à bout du secteur informel, sa première cause d’insomnie. On redoutait une flambée des prix dans les marchés d’autant plus qu’avec  la flambée des prix de transport, les impacts de la crise  de l’essence devrait très tôt se répercuter sur le panier de la ménagère.  Alors que la crise de l’essence trouvait son épilogue, au port autonome de Cotonou, la vache à lait de l’économie nationale, c’est l’heure des récriminations et de la résistance face à la mise en exécution des réformes opérées par le gouvernement dans le secteur. La mise en œuvre des réformes du guichet unique et du programme de vérification des importations (pvi) de nouvelle génération qui implique de nouvelles pratiques, de nouvelles procédures semblent ne pas rencontrer l’approbation de tous les acteurs de la chaine portuaire. Voyant, pour chacun, leur marge d’intérêt baisser au profit des caisses de l’Etat et compte tenu des dessous des différentes réformes, les acteurs s’adonnent à un jeu de ping-pong avec le gouvernement, se lançant mutuellement le tort sur le blocage de la mise en œuvre de la réforme. Conséquence, ils se mangent le nez et le gouvernement acculé doit agir face à un secteur stratégique en souffrance.

Le réveil du front syndical

Sur le front syndical, c’est une autre paire de manche pour le pouvoir. Cette semaine déjà, l’administration judiciaire et l’enseignement secondaire sont paralysés pendant soixante douze heures. L’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab) s’est engagée dans un bras de fer avec le ministre de la justice pour les propos que cette dernière a tenue le 8 décembre dernier. Les magistrats dénoncent aussi des règlements de compte dans les dernières affectations effectuées en leur sein par le ministre de tutelle. Alors qu’on croyait ce dossier vidé avec l’implication du chef de l’Etat, Onésime Madodé et les siens reviennent à la charge et se disent prêts à aller jusqu’au bout. Les enseignants de la maternelle, du  primaire et du secondaire, créent quant à eux un autre front de revendication. Ils exigent que l’augmentation du point indiciaire de 1,25 dont ont bénéficié les agents de l’administration publique leur soit aussi appliquée. Et tout comme le secteur judicaire, celui de l’éducation est paralysée. Et au vu de la détermination qu’affichent les deux camps, on peut déduire que les jours à venir  seront difficiles pour le pouvoir. 

Retro 2011…

En 2011, la situation était quasi-identique. Après une période électorale très critique, le gouvernement avait passé le reste de l’année à gérer les tensions dans divers secteurs. Longs débrayages dans l’administration publique avec la grève des agents de l’administration centrale des finances et celui de tous les travailleurs de l’administration publique. Le long feuilleton à rebondissements du bras de fer entre la Fésyntra-finances, la Cosynap et le gouvernement s’était soldé par l’augmentation de 25% du point indiciaire de tous les agents de l’administration publique. Aussitôt, ce problème résolu, l’annonce de la mise en œuvre des réformes portuaires, notamment le Pvi-ng, a engendré une autre tension avec pour corollaire la flambée des coûts des denrées de première nécessité et des grèves dans le secteur douanier. 

Au total, à l’instar de 2011, 2012 qui commence avec bon nombre de difficultés, s’annonce très mouvementée pour le régime Yayi. Et pour cause, les réformes entamées devront être poursuivies et de nouvelles introduites. Et comme d’habitude, elles accoucheront de leurs lots de tensions de récriminations.  Pourtant Boni Yayi se montre déjà intrépide et persévérant quant à l’introduction des réformes. La refondation a donc du pain sur la planche.

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